L’objet, la croyance et le sociologue

Avec le recul, il me semble que j’ai moins fait de la sociologie de la musique qu’écrit une sociologie depuis la musique. Peut-on, en s’inspirant d’auteurs allant de Michel de Certeau et Louis Marin à William James et Étienne Souriau, reconnaître autrement que sur le mode de la distanciation obligée...

Full description

Saved in:
Bibliographic Details
Main Author: Antoine Hennion
Format: Article
Language:English
Published: Éditions de l'EHESS 2018-01-01
Series:Transposition
Subjects:
Online Access:https://journals.openedition.org/transposition/1673
Tags: Add Tag
No Tags, Be the first to tag this record!
Description
Summary:Avec le recul, il me semble que j’ai moins fait de la sociologie de la musique qu’écrit une sociologie depuis la musique. Peut-on, en s’inspirant d’auteurs allant de Michel de Certeau et Louis Marin à William James et Étienne Souriau, reconnaître autrement que sur le mode de la distanciation obligée ou de l’épanchement personnel les rapports constitutifs qu’entretiennent une écriture sur la musique et une pratique de la musique ? Les expériences musicales (la création, le jeu, les plaisirs de l’amateur) sont le lieu même de la musique, elles ne sont pas la mise en œuvre ou l’appropriation d’un objet extérieur. Dans ces conditions, si la mise par écrit de ces expériences ne peut rendre compte de leur procès, toujours à refaire, en revanche, comme c’est le cas pour l’histoire et la religion chez Certeau, l’écriture contribue à les faire exister autrement, à les prolonger, à les augmenter, tandis que réciproquement, de telles expériences ont soutenu l’écrit du sociologue de la musique que j’ai aussi été.Pour montrer cela, sur deux situations, je rapprocherai à titre expérimental une écriture et l’expérience qu’elle veut transcrire : l’apprentissage du chant – en m’appuyant sur mon propre cas – et un entretien avec un improvisateur de jazz. La conception de l’improvisation que nous livre ce jazzman fait étonnamment écho à la définition puissante et originale de l’« œuvre à faire » que propose Souriau, sur laquelle conclut ce texte. De telles mises en rapport montrent la nécessité et la possibilité d’une sociologie de l’art qui, loin du scientisme ambiant, se place à la hauteur des œuvres produites, et surtout de ce à quoi elles appellent, des mondes dont elles disent la possibilité. Cet appel de l’œuvre ne concernerait-il pas la sociologie de l’art ? 
ISSN:2110-6134